Des nouvelles du mouvement ouvrier et communiste au Moyen-Orient

On se doute que les militants ouvriers ou communistes survivent difficilement aussi bien dans l’Iran sous la dictature théocratique des ayatollahs que dans l’Irak occupé par l’armée américaine et en proie à une guerre civile sanglante entre factions plus réactionnaires les unes que les autres. Pourtant ils existent et militent. Ci-dessous des informations fournies pour l’Iran par Iranian Solidarity Network (Réseau de solidarité des travailleurs iraniens) et pour l’Irak par Solidarité Irak et Agir pour l’Irak, des associations qui se sont donné pour but d’aider syndicalistes et militants de gauche et de faire connaître leurs difficultés et leurs luttes.

13 janvier 2006


Iran : une grève dans les transports urbains de Téhéran

Le régime iranien mène une guerre sans merci aux travailleurs qui tentent de faire vivre des syndicats indépendants : matraquage des militants et saccage des permanences par les nervis du Conseil islamique du travail (l’organisation appointée par le régime pour soi-disant représenter les travailleurs), mais aussi utilisation de toutes les entraves « légales » par les services de police ou de justice.

Le 22 décembre des agents du « ministère de l’Information » arrêtaient des membres du Comité exécutif du syndicat de la compagnie de bus Vahed, qui assurent le service de Téhéran et sa banlieue, dont le principal dirigeant, Mansour Ossanlou.

Deux jours plus tard, environ 3 000 conducteurs et employés se mettaient en grève pour demander la remise en liberté de leurs camarades, le droit de former un syndicat indépendant et la satisfaction de leurs revendications en matière de salaires, classifications, conditions de travail et de sécurité. D’après les statistiques officielles elles-mêmes, les salaires ont chuté de 49 % depuis 1979 (l’an I du régime). Aujourd’hui le salaire moyen des travailleurs de Vahed est si faible que la plupart doivent occuper un ou deux emplois supplémentaires. Comme 80 % sont forcés de vivre en-dehors de Téhéran, on peut imaginer ce qu’il en est du respect du Code du travail de la République islamique qui stipule que la journée de travail est limitée à 8 heures.

Plusieurs dizaines de grévistes étaient immédiatement arrêtés mais, le lendemain, le maire de Téhéran devait accepter de recevoir leurs représentants et promettre de les faire libérer. Ce qui fut fait dans les heures suivantes, y compris pour les membres du Comité exécutif, à l’exception de Ossanlou. Le lendemain 27 décembre, le maire ayant aussi promis de se pencher sur les autres revendications et laissé entendre que la libération de leur leader allait suivre, les grévistes suspendaient leur mouvement.

Pourtant la nouvelle année a débuté sans liberté pour Ossanlou (dont la condition physique est précaire et qui a besoin une opération aux yeux... suite à un précédent tabassage par les voyous du Conseil islamique du travail). Pire même, les mesures de rétorsion ont commencé contre les grévistes : salaires non payés, comptes en banque bloqués. Aux dernières nouvelles qui nous sont parvenues, début janvier, les travailleurs de Vahed avaient délivré un nouvel ultimatum au maire de Téhéran : s’il ne respectait pas ses promesses, ils reprendraient la grève. 

Convergences Révolutionnaires

Revue publiée par la fraction de Lutte Ouvrière

Numéro 43, janvier-février 2006 

cr@convergencesrevolutionnaires.org